Je n’aurai de cesse de le dire : Twitter est une invention formidable. Pour peu que tu aies un ratio followers/following correct avec des gens intéressants dans ta timeline, c’est l’outil le mieux pensé de l’Histoire.
La convention veut qu’on compare Twitter à une cour de récré. Pourquoi pas dans la mesure où Twitter est un incroyable vecteur de mesquineries et de « nananèèèreuh ». Tu as tes copains, ceux avec qui tu passes le plus clair de ton temps, à faire des private joke. Les connaissances, ceux que tu trouves sympas mais à qui tu dis bonjour de loin. Les populaires, qui sont là surtout pour faire leur show et jouer à qui a la plus grosse. Les intellos, qui parlent d’actualité, d’économie, tout ça. Et aussi ceux que tu n’aimes pas mais que tu regardes quand même du coin de l’œil.
Et puis sur Twitter, c’est comme dans tous les microcosmes, y’a un lot de clichés alarmant. Aussi vrai qu’un lycée américain a ses clichés de cheerleader et de quaterback, Twitter a ses users-clichés. Hier j’ai fêté mon 5000ème tweet et je me suis dit que pour marquer le coup, on allait répertorier les users-clichés susmentionnés. (et aussi parce que je suis collée au lit avec de la fièvre et que je n’ai rien d’autre à faire)
Le pseudo clasheur/la pseudo clasheuse qu’on connaît tellement tous qu’il semble limite inutile de le décrire. Mais allons-y quand même, ne soyons pas sectaires. Le pseudo clasheur est légion sur Twitter. Il ne fait pas grand chose de sa vie à part cacher son mal être derrière une méchanceté imaginaire, et a donc tout son temps pour fouiner les méandres de l’Internet pour trouver de quoi clasher ses petits copains. Quand ça lui retombe sur la gueule, il ne comprend pas, il pleure des larmes de sang à l’intérieur de lui-même mais préfèrerait mourir que l’avouer. Ainsi le clash se solde généralement par un « cherche pas t’as tort blaireau ». Attention à ne pas confondre le pseudo clasheur avec le cynique. Le cynique a souvent une vie bien remplie, avec un métier et une vie sociale, contrairement à son collègue abonné au pathétisme.
Le marketeux est sur Twitter comme dans la vraie vie. Que voulez-vous, un marketeux reste un marketeux. Mais on l’aime bien. Enfin surtout moi. Le marketeux répond à mes questions boulot improbables du genre « heu svp, pourcentage moyen de trafic généré par le référencement naturel ? » ou « dites, des outils de buzz monitoring ? ». C’est ça qui est le plus formidable : sur Twitter, les gens PENSENT en 140 caractères. Plus besoin de te fatiguer à faire des phrases élaborées. Colle un verbe et deux mots de liaison, tu entames un débat de 3 heures : « cherche chiffres trafic réf naturel ».
La meuf qui raconte sa vie inutile : on notera que c’est une tendance plutôt féminine, les garçons n’ayant que peu de prédispositions à s’épancher de la sorte. La meuf qui raconte sa vie inutile passe le plus clair de son temps à…raconter sa vie inutile. Ca donne des trucs comme « petit déjeuner devant la rediffusion de plus belle la vie ! » « je veux un cheriiiii ! » « j’ai plus d’agrafes ». Souvent, elle agrémente le tout de hashtags formidablement bien pensés : #pblv #petitdej #caliméro #jourderepos #aubureau. Point problématique : la meuf qui raconte sa vie inutile n’a pas compris que le hastag ne supportait pas les caractères type accents et ponctuation. Autre point problématique : la meuf qui raconte sa vie inutile est inutile mais pas méchante. Un « unfollow » vous ferait passer pour le gros connard de service. Life’s hard on Twitter.
L’inconnu(e) au bataillon qui a un profil public et 50 followers. Ouais bon ben je suis désolée hein, mais c’est comme partout, ça marche au réseau…NEXT.
La meuf vener qui s’est trompée d’endroit : en voulant s’inscrire sur Skyrock.com, une opération fallacieuse de Google l’a fait atterrir sur Twitter. Du coup, en lien de son compte, elle a quand même l’URL de son Skyblog, Cowblog ou Myspace, sur lequel tu peux lire des pépites de bon sens comme « j’suis comme j’suis, j’ai rien à prouver », « la flamme de la rage brûle en moi », « j’essaye de peser mes maux même si je viens du ghetto ». La meuf vener n’est en fait rien d’autre qu’un prototype rageux de la meuf qui raconte sa vie inutile sus-citée, sauf que cette dernière a la décence de ne pas prétendre apporter une quelconque valeur ajoutée à la twittosphère.
Bonus : les « j’suis tellement la Reine des Biatch, tu peux pas test’ »
La maman, voire sa version blogosphérique, la blogueuse maman. Elle, elle ne fait pas de mal. Je veux dire, de manière générale, elle ne cherche pas à faire de mal. D’ailleurs, elle n’est même pas consciente qu’elle te fait saigner des yeux avec ses « bébé couché, quel bonheur d’être maman » et ses « moi j’allaite ! » (Leche League Lobbying Inside). Rajoutes lui une option tricot/collier de nouilles/point de croix et tu as ton bon pour l’asile. Unfollow vite et sans te retourner, c’est un conseil.
La meuf qui veut pécho. Là on touche aux bas-fonds de la plèbe twitterienne. La meuf qui veut pécho se repère facilement, il y a en général peu de chance de se tromper. 3 indices :
- la meuf qui veut pécho twittpic à mort, globalement uniquement des photos d’elle, la bouche en cœur, les yeux vers le ciel « prête pour sortir dans le froid hihi ! »
- la meuf qui veut pécho fait des reply à tous les mecs à peu près baisables de sa timeline.
- La meuf qui veut pécho ne distille jamais un tweet plus intéressant que l’autre. Non, la meuf qui veut pécho est linéaire dans sa stupidité latente. « Ouah, il fait froid, j’aurais du mettre une culotte ! »
Le e-crevard. Oui, la version à pénis de la meuf qui veut pécho. Le e-crevard est un spécimen plutôt répandu dans le sens où derrière leur écran, les mecs ont une fâcheuse propension à se présenter comme les petits frères de Brad Pitt. IRL, le e-crevard n’est pas du genre à s’adonner au «hé mademoizelle t’es bien charmante vas-y t’as vu file moi ton 06». Cependant, les voies de Twitter étant carrément pénétrables, le e-crevard se sent pousser des ailes et drague à tout va. «@meuf01 tu nous twittpic ta nouvelle coupe ?» «@meuf02 quand je passe dans ta ville, on va boire un verre !» «@meuf03 t’adores le macramé ? Mais moi aussi !» «@Ingrid est-ce-que tu baises ?»
Dans un monde parfait, on arriverait à coller la meuf qui veut pécho avec le e-crevard.
Le Gentil, pendant masculin de la meuf qui raconte sa vie inutile. Comment le reconnaître ? Profil public, bien évidemment, plus de following que de followers, il trouve tout le monde « super sympa » et RT sans compter, même des trucs pas retwittables. Ca donne des « HIHI RT @XX @YY haha LOL ». Le Gentil n’est pas seulement gentil, il est également foncièrement passionnant.
Ratio : « putain j’ai tellement envie de lui dire ta gueule mais il ne fait de mal à personne le pauvre » : 100/100.
La créature indéterminée. Fille ou garçon ? Lard ou cochon ? Tu ne sais pas bien, tu n’oses pas demander, ça t’intrigue mais en même temps tu ne veux pas t’en séparer car la bête a l’air inoffensive. En général, dans ces cas là tu te dis qu’avec le temps, tu verras bien ce que ça donne. Rien de grave à Beverly Hills, en somme.
Et moi je suis où ? Moi je suis le cliché de la cyclothymique qui dit « la vie est belle sur Twitter » à 15h02 et « je vous emmerde tous, please RT » à 15h04. Heureusement, je plaisante. Par contre je suis aussi le cliché de l’hystérique qui filtre frénétiquement ses followers. Il paraît que, je cite, je vis « dans la psychose ».
Maintenant Audience je te laisse le plaisir, que dis-je, l’immense bonheur de me dire si tu te reconnais dans l’un de ces clichés, voire même de t’en approprier un que je n’aurais pas listé et de nous l’expliquer. Et va pas me dire « nan mais attends, moi je rentre pas dans une case, quoi han » parce que si, tu rentres grave dans une case. Comme tout le monde.
Good bye my lovers, good bye my friends (James Blunt, sors de ce corps et arrête de chouiner)