Être un cliché vivant
La plèbe a encore frappé.
Hier, c’était la journée de la femme. Outre le caractère complètement absurde et inutile de cette journée sur lequel tout le monde s’accorde, aussi bien du côté des hommes que du côté des dindes femmes, il s’avère que c’est une formidable excuse pour ouvrir la Boite de Pandore des clichés qui ont la vie dure (oui parfois je me lance dans des métaphores aléatoires).
Pour la journée de la femme, sur la blogosphère, il y a eu deux mouvances : la « nous les femmes, nous le charme, nos sourires vous attirent et vous désarment » et la « ouais vazy trop rebelz de la life fuck la journée de la femme tavu 364 jours par an ça veut dire que c’est la journée des hommes ».
Comment vous dire que parfois, j’ai honte d’être une fille ?
Qu’on s’entende, hein, je ne renie pas mon statut, loin de là. Je profite allègrement des avantages que la féminité m’accorde, et parfois j’en abuse. Je suis la première à trouver ça formidable de faire partie du sexe pour qui on consacre 3000m2 de chaussures aux Galeries Lafayettes. J’aime dépenser stupidement mon argent dans des vernis à ongles et mascaras que je dispose dans une petite malle métallique, consciencieusement rangés, pour mieux oublier leur existence et retourner en acheter d’autres dès le lendemain. J’adore avoir une collection de robes, de foulards, de parfums, de sacs et de chaussures dont la somme totale avoisine le PIB du Botswana.
Nonobstant, comme on dit chez nous, caring about fashion doesn’t make me any less intellectual. Traduction : je m’intéresse à des trucs dit de filles sans pour autant faire fondre le cerveau des braves gens qui m’entourent, ni me transformer en grosse chèvre pourvoyeuse de lieux communs sur le genre auquel j’appartiens. Je ne peux souffrir ces filles qui font du mal à l’image de leurs congénères en étant dégoulinantes de niaiserie et de sottise. Celles pour qui être une fille, c’est vénérer les Jimmy Choo, les Louboutin et autres Manholo Blahnik. Les filles qui vont glousser au Latin Corner, se battent pour un vilain pull H&M étiqueté Sonia Rykiel, veulent prendre des cours de désapage burlesque, et surkiffent les trucs de Princesses Disney passkecétrochou. C’est trop cool d’être une fille, hihi, on est trop mignonnes nous les filles, hihi on est fragiles aussi. Et si tu fermais ta grande gu*ule cool mignonne et fragile, ça ferait quoi ?
Ouais, ça ferait du bien à tout le monde. Étrangement, ce sont ces mêmes filles-hihi-trop-chou-hihi qui clament à tort et à travers que « trop injuste le Prince Charmant n’existe pas », vont aguicher le chaland Twitpic de seins à l’appui et s’indignent de la goujaterie masculine. Paradoxe tu as dit ?
Nan, meuf, je te le dis en amie, le Prince Charmant n’arrivera pas entre deux gloussements, un « moi j’suis une fille bien dans ses Miu Miu » et une photo dévoilée sans aucune pudeur. Tu crois que tu vas rabattre un mec convenable avec une attitude pareille ? Même les autres filles te méprisent, et pourtant elles ont une grosse propension à la solidarité tout terrain. Un peu de discernement, merde, l’amoncellement de clichés a ses limites. Et si c’est moi qui te le dit tu peux me croire. Je suis quand même un putain de cliché de fille quand je m’y mets. Macarons, Gossip Girl et rouge à lèvres Chanel nude pour ne citer que ça. Mais être hihi-niaise-hihi, j’y arrive pas. Mes parents m’ont appris deux choses pour lesquelles je ne les remercierai jamais assez : la décence et le respect de ma personne. Ces deux principes passent par le fait de ne pas glousser à tous vents en jurant que « les mecs c’est trop tous des cons, vient on s’remet Mulan, c’est une vraie femme elle ! » et en prenant des photos de son décolleté qu’on postera un soir d’ennui sur Twitter en disant « hihi j’suis trop bourrée » alors que pas du tout. Être une fille, ce n’est pas être une accumulation de banalités ridiculement affligeantes.
Bref, les articles des blogueuses à l’occasion de la journée de la femme m’ont à peu près tous collé la gerbe. Sauf celui-ci. Taxez-moi de rageuse, collez-moi une volonté fictive de discréditer mes congénères (elles le font assez bien sans mon aide), faites-moi passer pour une fille frustrée. Faites. Je m’en fous, je suis une fille bien dans ses Jimmy Choo et je vous emmerde.
HIHI
(Pour rappel je m’étais déjà indignée ici : j’aime pas les filles. Comme quoi je suis constante dans mes avis quand je veux.)




